Accueil - Témoignages - Le témoignage de Nicole
Le témoignage de Nicole

Le témoignage de Nicole

Marquée par les pertes familiales, Nicole trouve la force de continuer à vivre, portée notamment par l'amour de sa fille.

Je suis une femme de 55 ans. Et ma vie a été une traversée.

J’avais 14 ans lorsque mon père s’est donné la mort. Une mort d’une violence qui vous marque à jamais, qui s’imprime dans la chair et dans l’âme. Puis, juste avant mes 20 ans, en août 1991, mon frère aîné a fait le même choix. Une semaine avant mon anniversaire. Comme un écho insupportable. Comme si l’histoire recommençait.

La violence de son geste m’a brisée. Il était bien plus qu’un frère : il était la personne que j’aimais le plus au monde. Après lui, il ne restait que des questions. Une culpabilité qui ronge. Une colère sourde. Et ce mot, toujours, qui revient et qui ne trouve jamais de réponse : pourquoi ?

Pourquoi une telle violence ? Pourquoi nous laisser avec ce vide ?

Et ce n’était pas fini.

Ma famille s’est effondrée, morceau par morceau. Mon père en 1986. Mon frère en 1991. Ma sœur en 1993, emportée par la maladie. Ma mère en 2019. Puis mon frère cadet en 2022. Une famille décimée. Presque effacée.

Il y a des vies qui basculent. La mienne n’a jamais cessé de vaciller.

Beaucoup auraient sombré. J’aurais pu sombrer mille fois. Mais je suis encore là.

Je ne sais pas comment j’ai fait. Je ne sais pas d’où vient cette force. Peut-être qu’elle vient justement de tout ce que j’ai perdu. J’ai survécu. Oui, survécu. C’est le seul mot qui soit honnête.

Aujourd’hui, en 2026, je suis toujours dans l’action. Toujours en mouvement. Comme si m’arrêter signifiait tomber. Comme si avancer était la seule façon de tenir debout.

Je ne sais pas pourquoi ma famille a été ainsi frappée. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour traverser autant d’épreuves. Mais je continue. Pas parce que tout va bien. Mais parce que je suis encore vivante.

Et au cœur de tout cela, il y a ma fille.

Elle est mon ancrage. Ma lumière. La preuve que la vie peut encore donner, même après avoir tant repris. L’amour que j’ai pour elle est immense, indestructible. C’est cet amour qui me tient debout aujourd’hui.

Alors je m’accroche à ce qui reste. Aux instants simples. À un sourire. À une respiration. À un moment de paix.

Je choisis la vie. Chaque jour. Malgré tout.

Parce qu’au fond, vivre n’est pas oublier. Vivre, c’est continuer à avancer avec ses blessures, sans les laisser nous emporter.

À ceux qui liront ces mots : ne sous-estimez jamais la force qu’il y a en vous. Et surtout, accrochez-vous aux choses simples. Ce sont elles qui, parfois, nous sauvent.